QUAND LE CHÂTEAU DES BASSES FONTAINES ÉTAIT UNE COLONIE DE VACANCES DU MARÉCHAL PÉTAIN...

Le château des Basses Fontaines est depuis 1953 la propriété du Conseil général du Loir et Cher, et il abrite aujourd'hui un IME (institut médico-éducatif). Si la vie y est maintenant paisible dans ce coin tranquille de Sologne, ce ne fut pas toujours le cas. Pendant la guerre 39-45, il appartenait à une directrice de pension parisienne, Marie SIMS, qui le louait au Secours National. Cet organisme en avait fait une maison d'enfants dans laquelle il organisait des colonies de vacances pour des enfants dont les parents avaient disparu dans la tourmente de la guerre. Parmi eux étaient accueillis, à l'insu des autorités, des enfants juifs. Chute de bombes dans le parc du château, d'un avion à quelques centaines de mètres, perquisition de soldats allemands, etc, leur vie ne fut pas un long fleuve tranquille. C'est leur histoire et celle des personnes qui les encadraient que nous allons vous raconter, en grande partie grâce au témoignage de Madeleine GERVAISE et Jeanne CHEVALLIER qui y travaillaient à l'époque.

LE CHATEAU DES BASSES FONTAINES

Avant la révolution, la propriété des Basses Fontaines, qui s'appelait alors les Basses Mortefontaines, appartenait à Madame DURFORT de LORGES. Il fut adjugé comme bien national le 27 juin 1800 à M. PIGEON, propriétaire à la Ferté. Après des ventes successives, la propriété, sur laquelle sont bâties une maison bourgeoise et une ferme, est vendue, le 1er février 1873, à Alfred Marie Joseph ADAM, comte de BEAULIEU, négociant à Orléans.

En 1880, il fait construire le château et la chapelle, et dix ans plus tard une tour. Le domaine comprend alors 1200 hectares et sept fermes. Il fut maire de St Laurent des Eaux de 1888 à 1908.

Le 10 décembre 1939, la propriété est achetée par Mademoiselle Marie SIMS, directrice de pension à Nogent/Marne (75). Elle le loue au Secours national qui accueille des enfants en situation difficile.

Le 30 novembre 1946, Mademoiselle SIMS vend les Basses Fontaines à l'Entraide française, organisme qui a succédé au Secours national.

L'Entraide française étant dissoute en 1949, le château est mis en vente. C'est le Conseil général de Loir et Cher qui, grâce au legs de François Philibert DESSAIGNES, riche bourgeois et ancien député, l'achète le 3 avril 1953. Pour rester fidèle à l'esprit du légataire, un hôpital psychiatrique pour enfants handicapés cérébraux y est installé et ouvre le 15 octobre 1953.

Depuis, le domaine des Basses Fontaines s'est transformé, mais il a gardé sa vocation et il est encore aujourd'hui un IME (institut médico-éducatif).

 

ŒUVRE DE SECOURS AUX ENFANTS (OSE)

L’O.S.E est une organisation d’entraide humanitaire de la communauté juive. Son action fut déterminante dans la survie des enfants juifs sous l’occupation.

Vers 1910-1911, alors que les populations juives de Russie souffrent d’un antisémitisme virulent et subissent régulièrement les violences des pogroms (pillages et meurtres dans les communautés juives) des organismes d’entraide sont créés. L’O.S.E, l'œuvre de secours aux enfants, voit le jour durant l'automne 1912 grâce à des membres de l’intelligentsia juive

Dès son origine, l’action de l’OSE se veut éducative, médicale et sociale. L’O.S.E. distribue de la nourriture, gère des dispensaires, place des enfants dans des familles avec, en arrière-plan, l’idée de la préservation du peuple juif.

Après la révolution russe, l’OSE transfère son siège à Berlin en 1923, mais la montée du national-socialisme et l’arrivée d’Hitler au pouvoir en Allemagne provoquent, en 1933, son déplacement à Paris.

Avant la guerre, l’OSE est reconnue d’utilité publique. Elle crée et gère, en région parisienne, des colonies de vacances et des centres d’accueil. Elle s’occupe particulièrement de jeunes enfants de trois à six ans, d’origine allemande, polonaise ou autrichienne, partis précipitamment et séparés de leur famille.

En juin 1940, à l’approche des troupes allemandes, les dirigeants de l’O.S.E. décident d’évacuer les enfants dont ils ont la charge dans la région parisienne vers le sud de la France et plus particulièrement en Creuse.

Durant la guerre, l’OSE est intégrée au sein d’un organisme à caractère racial, l’Union Générale des Israélites de France (U.G.I.F.), créé par Vichy sous la pression des nazis, pour regrouper en une seule organisation les œuvres d’entraide et d’assistance juives.

L'OSE est une organisation officielle et continue donc son travail à visage découvert. Les pouvoirs publics français n'ignorent rien de ce qu'elle fait. Elle accueille, dans ses maisons d'enfants de la zone sud, les enfants des familles juives réduites à la misère par les interdictions professionnelles, internées ou déportées.

A partir d'août 1942, selon les directives du gouvernement de Vichy, rafles et arrestations se multiplient en zone non-occupée. Les responsables de l'OSE comprennent que les maisons d'enfants, de havre de protection peuvent devenir des pièges. La gendarmerie perquisitionne certaines maisons d'accueil, comme le château du Masgelier en Creuse, et arrête des enfants de nationalité étrangère. Face au danger, l’OSE entame donc également un travail clandestin de protection des enfants, cherchant à les placer dans des familles d’accueil sous de faux noms.

 

Évacuation de 15 enfants Juifs de Rivesaltes le 25 avril 1942.

Ils seront pris en charge par l'OSE

 

"Sauvons les enfants et dispersons-les"! Après la rafle du Vél d'Hiv du 16 juillet 1942, le mot d’ordre lancé par Eugène Minkowski, responsable de l'OSE à cette époque, devient la ligne de conduite des œuvres juives qui s’inquiètent du regroupement des enfants dans les centres de l’UGIF. 3650 enfants seront ainsi sauvés en zone occupée, 600 par le circuit de l’OSE.

Une des filières de dissimulation des enfants juifs par l'OSE sera d'utiliser des maisons d'enfants du Secours national. Certaines d'entre elles étaient gérées par des personnes qui étaient dans la résistance ou qui refusaient de laisser partir les enfants en déportation.

Le journaliste Ivan Levaï, le comédien Popeck, l'écrivain Élie Wiesel, prix Nobel de la Paix, et bien d'autres ont été pris en charge par l'OSE alors qu'ils étaient enfants.

 

LE SECOURS NATIONAL

Le Secours national est créé en 1914. C'est un organisme privé à but social qui récupère des vêtements pour les soldats souffrant du froid dans les tranchées. Rapidement, il prend également en charge l'aide aux populations civiles victimes de la guerre. Il est reconnu d'utilité publique le 29 septembre 1915. Le Secours national est mis en sommeil après la guerre, puis reconstitué par un décret du gouvernement DALADIER le 19 octobre 1939.

Par un décret du 20 mai 1940, une ouverture de crédit de 50 millions de francs est allouée au Secours national. Un autre décret, en date du 23 juillet 1940 attribue à l’organisme le produit issu de la liquidation des biens des Français déchus de leur nationalité, ce qui situe l’orientation de l’assistance délivrée par cette œuvre. Le décret du 4 octobre 1940 place le Secours national sous la haute autorité du maréchal Pétain; il échappe donc au contrôle des préfets régionaux.

L’organisme, puissant instrument de propagande, prend une importance croissante au fil des années de la collaboration. Il a le monopole des appels publics à la générosité et des subventions de l’État ou des collectivités locales. Le produit de la loterie nationale lui est attribué à partir d’octobre 1940. A son apogée, au début de 1944, l’œuvre compte plus de 52.000 membres actifs. Entre 1939, quand l’organisation est reconstituée et la fin de 1944, elle dépense à peu près onze milliards de francs pour des projets d’aide sociale. En 1944, le Secours national devient l’Entr'Aide française.

Pendant la guerre, il organise des colonies de vacances et des maisons d'enfants qui recueillent des enfants traumatisés par la guerre ou victimes des bombardements, qui avaient perdu leurs parents, des cas sociaux dont les familles ne savaient que faire, des enfants de familles monoparentales ou dans une situation familiale inadaptée.

Les enfants cachés, des enfants juifs dont les parents avaient été arrêtés ou venant des maisons d'enfants de l'OSE, constituaient la deuxième vague d'enfants qui peuplèrent plusieurs de ces établissements dont les directeurs avaient créé des filières clandestines pour les recueillir et les dissimuler.

 

LA VIE AU CHÂTEAU DES BASSES FONTAINES.

Madeleine GERVAISE a commencé sa carrière de monitrice dans la région parisienne, à la maison d'enfant du Petit Parisien de Montlignon. En 1942, elle permute son poste avec une monitrice des Basses Fontaines qui souhaite repartir dans sa région d'origine, et elle arrive donc aux Basses Fontaines en 1942.

 

Madeleine GERVAISE raconte:

 "La plupart des enfants venaient de familles séparées ou emprisonnées, de filles mères…Aujourd'hui on dirait que ce sont des cas sociaux. Beaucoup venaient de la région parisienne. Il y avait une centaine d'enfants en été car il y en avait, surtout de familles pauvres, qui venaient "prendre l'air" pendant un mois de vacances. Puis l'effectif se réduisait à environ quatre vingts enfants pendant le reste de l'année. Les enfants sont encadrés par une dizaine de personnes, institutrices, infirmières, cuisinières, monitrices. La directrice est Henriette CHAUTARD, dite "gazelle", car on était organisé sur le modèle du scoutisme: chaque groupe portait un nom (les lapins, les ours) et chaque responsable un totem. (Marie Cécile, la surveillante générale qui épousera Henri CHAUTARD, le fils de la directrice, est "pervenche", Madeleine GERVAISE est "grizzli.)

 

Colonies de vacances du secours national entraide d'hiver du Maréchal.

Basses Fontaines septembre 43

 

Les enfants avaient classe dans la journée, et à la sortie, les monitrices les emmenaient promener, leur faisaient découvrir la nature, faire des activités (chants, danses, etc) puis faire leur toilette.

Madame CHAUTARD a tout fait pour que les enfants ne manquent de rien, et ce n'était pas facile à cause des restrictions. On était obligé d'avoir de l'imagination. Tous les dimanches, on jouait des saynètes, on faisait des petites représentations: on mimait un chant, on dansait, on chantait, mais on n'avait rien. Je me souviens que la dernière année, j'avais réquisitionné tous les foulards du château pour faire des robes aux enfants pour leur faire danser une danse bohémienne.

Henri CHAUTARD, le fils de la directrice, qui logeait à l'entrée du château faisait partie de la résistance, mais je ne crois pas que se soit dans un groupe de St Laurent... Il s'est marié avec la surveillante générale, Marie Cécile".

 

Les 16 et 17 juillet 1942: c'est la rafle du Vél d'Hiv. 9000 policiers et gendarmes arrêtent 12 884 Juifs (4051 enfants, 5802 femmes, 3031 hommes) qui étaient fichés depuis 1940. Une partie d'entre eux est emmenée à Drancy, les 7000 autres au vélodrome d'hiver de Paris. Ils y resteront cinq jours sans nourriture et avec un seul point d'eau. Ils transitent ensuite par les camps de prisonniers de Drancy, Beaune la Rolande et Pithiviers avant d'être déportés dans les camps d'extermination nazis. Selon la préfecture de police, le nombre total de personnes arrêtées lors de la rafle est de 13 152: seuls 25 adultes reviendront des camps, et aucun des 4 051 enfants.

Certaines personnes qui interviennent au Vél d'Hiv pendant la détention des Juifs, vont parvenir à en faire sortir quelques uns. C'est le cas pour une dizaine d'enfants qui sont extraits avec la complicité de gendarmes. Ils seront envoyés au château du Couret (Haute Vienne), maison d'enfants dirigée par l'OSE.

Mais une rafle a lieu au château du Couret le 27 août 1942, et les filles de plus de seize ans sont arrêtées. Une douzaine de fillettes sont envoyées au château des Basses Fontaines sous une fausse identité.

 

Colonies de vacances du secours national entraide d'hiver du Maréchal.

Basses Fontaines août 1944

 

"Une douzaine d'enfants juives, dont certaines venaient de la rafle du Vél d'Hiv, sont envoyées par une responsable du Secours national, Madame GIRARDELLI. La directrice, la surveillante générale, l'infirmière et les monitrices savaient que les enfants étaient Juifs, mais le reste du personnel ne savait rien. Les enfants avaient de faux noms et de faux papiers, leurs papiers authentiques étant enfermés dans un coffre fort dans le bureau de la directrice.

Madame GIRARDELLI avait fait en sorte que les frères et sœurs restent ensemble. Parmi les enfants, il y avait Yvonne DRAPIER et sa sœur Raymonde. Yvonne s'appelait en réalité Eva TUSCHNEIDER, et deviendra plus tard Eva LANG par son mariage. Il y avait Jacqueline SYMAR et sa sœur, les SYKEMEKANOKY, enfants de tailleurs juifs du Sentier qui avaient vu l'arrestation de leurs parents et avaient été sauvés par des voisins, et les sœurs COHEN, Juliette, Sabine et Annette, dont le nom fut transformé en COHUE. Les parents COHEN étaient des Juifs marocains, et ils avaient six enfants, mais trois seulement avaient pu être sauvées de la rafle. Les parents avaient pu fuir de justesse et étaient repartis au Maroc. La famille a pu se retrouver après la guerre. Il y avait aussi Erta CHER. C'était un Juive allemande. Cette gosse n'avait jamais le sourire, et elle vivait avec un passé certainement très douloureux."

Emission de timbre au nom du Secours National
Emission de timbre au nom du Secours National

L'itinéraire des sœurs TUSCHNEIDER révèle les complicités qu'il y avait entre de nombreux directeurs de maisons d'enfants de l'OSE et du secours national pour dissimuler les enfants juifs. Eva et ses deux sœurs étaient internées au camp de Rivesaltes. Elles en sont sorties par l'OSE, puis après un détour au centre de Palavas les Flots et dans une famille d'accueil où elles sont requinquées, elles sont emmenées au château du Couret, dirigé par l'OSE. Après la rafle du 27 août 1942, elles sont transférées aux Basses Fontaines, sauf une des sœurs, Renée, qui est souffrante. Après un séjour à l'hôpital de Limoges, celle-ci sera transférée à la maison d'enfant du Secours national de Sèvres, dans la région parisienne, où elle restera jusqu'à la fin de la guerre. Cet établissement est dirigé par Yvonne HAGNAUER. La personne qui se charge du transfert est Marcel MANGEL, né à Strasbourg en 1923, et il est passeur d'enfants. A la fin de la guerre, il ramènera les enfants juifs des Basses Fontaines à la maison d'enfants de Sèvres pour essayer de retrouver leurs parents. En entrant dans la clandestinité, Marcel MANGEL a pris le nom de Marcel MARCEAU et deviendra quelques années plus tard, le célèbre "Mime MARCEAU".

 

"Mais on suppose qu’on a été trahis, car un beau jour de 1944, à 7h, les Allemands débarquent en force. Peut être quelqu'un a-t-il été étonné de ne jamais voir ces enfants à la messe, alors que tous les autres y allaient, et nous a dénoncé? Toujours est-il que les Allemands ne sont sûrement pas venus par hasard. Ils ont fait venir tout le monde, encore en chemise de nuit, dans le hall du château, en braquant sur nous leurs fusils. Ils ont perquisitionné tous les coins et recoins des bâtiments. Les adultes étaient très inquiets et les enfants apeurés. Dans le bureau de la directrice, ils ont essayé d'ouvrir le coffre fort dans lequel se trouvaient les papiers des enfants juifs. Mais, miracle: ils n'ont jamais pu l'ouvrir! Le mécanisme s'était bloqué, et ça a été une chance inouïe, car s'ils l'avaient ouvert, nous n'existerions plus.

Les Allemands étaient très énervés par cet échec et très menaçants, mais nous avons encore eu un coup de chance. Mademoiselle SIMS, la propriétaire du château, était d'origine alsacienne et elle parlait très bien l'Allemand. Elle parlementa avec les soldats, expliquant que c'était des enfants sans famille, qu'il n'y avait pas de Juifs, etc. Ils se calmèrent et quittèrent le château en promettant de revenir le lendemain avec un serrurier.

Pendant la nuit, Madame CHAUTARD a fait transporter les douze enfants juifs en Indre et Loire, au château du Coudray, autre maison d'enfants du Secours national. Elle a également trouvé quelqu'un qui a réussi à ouvrir le coffre, et elle a récupéré et dissimulé ailleurs les papiers compromettants. Les Allemands ne sont jamais revenus, mais quelle frayeur! Heureusement que Madame CHAUTARD avait de la trempe."

 

Mais au château, il y eut d'autres moments de grosses frayeurs, comme cette nuit du 26 juillet 1944:

 

"Tous les soirs des avions anglais et américains passaient pour aller bombarder des points stratégiques, et les enfants étaient très inquiets. En juillet, un avion en flamme est passé au ras des toitures du château. Comme il n'y avait pas de volets aux fenêtres tout s'est illuminé dans les dortoirs qui étaient au 1er étage. Il est allé s'écraser deux cents mètres plus loin. Il y a eu une explosion épouvantable et tout à tremblé. Tous les enfants criaient, hurlaient, courraient partout: c'était affreux!"

 

Colonies de vacances du secours national entraide d'hiver du Maréchal Basses Fontaines août 1944


Le Maire de La Ferté St Cyr, Monsieur MENARD, note dans un cahier: "chute d'un avion Anglais au lieu dit "La Maison Neuve". Cinq morts ont été emmenés par les soins de la Luftwaffe (je crois à Orléans). Voici la liste des menus objets trouvés et remis à la Croix Rouge: un boîtier de montre AM 6E/50 9632/UI, un étui de toile beige 91 43 mark II, une bague en or (chevalière) RN, une bague en or sans inscription, un mouchoir marqué Blanchard EL, un bouton de manchette, un paquet de cinq photos brûlées mais reconnaissables, un étui toile beige marqué FE-23A, une plaque marquée MC DUER, une pochette étoffe avec argent, une plaque d'identité marquée KAUSON, une plaque d'identité marquée WARREN n° 526703. On suppose que deux se sont sauvés en parachute".

 

En réalité, les sept hommes d'équipage sont morts dans le crash et ils ont effectivement été enterrés à Orléans.

 

L'appareil est tombé de l'autre côté de la route. C'était un Avro Lancaster, bombardier quadrimoteur de trente tonnes pouvant transporter dix tonnes de bombes. Il avait décollé le 25 juillet à 21h 50 de d'Elsham Wolds pour aller bombarder Stuttgart. Il a été abattu à son retour, vers 3h, par un avion de chasse allemand.

 

Un avro lancaster

 

 Le même soir, un autre avion tombe près de la Comète, dans le bois des Vernoux, en limite de Lailly en Val.

 

"Un autre soir, un avion a lâché des bombes, on ne sait pas pourquoi. Elles sont tombées dans le jardin. Je n'étais pas dans le château, mais dans le chalet à l'entrée actuelle de la propriété, car j'étais en congés. Un jour par semaine, on avait une journée et une nuit ou on était libre, et on couchait au chalet.

Les bombes sont tombées à trente mètres des murs du château, sur la façade opposée à la chapelle. Il y a eu un énorme cratère. J'ai eu beaucoup de mal à sortir, car avec le souffle de l'explosion, les portes s'étaient bloquées, et je suis allée au château. Tous les enfants criaient, couraient partout, ils étaient éparpillés. C'était terrible: il a fallu les calmer, les rassurer...

Par la suite, quand le soir arrivait, les enfants étaient traumatisés. Ils avaient peur quand les avions passaient"

La vie a continué aux Basses Fontaines jusqu'à l'arrivée des Américains. Jeanne de CATHELINEAU, qui était monitrice aux Basses Fontaines, parlait très bien Anglais car elle avait été nurse dans une famille anglaise. Quand les Américains sont arrivés à la Ferté St Cyr, elle a pu discuter avec eux et elle les a amenés aux Basses Fontaines où ils ont découvert les enfants.

Dès que Paris a été libéré, les enfants cachés sont repartis dans un centre où on les regroupait pour essayer de retrouver leurs parents. Mais beaucoup avaient fini leurs jours dans des camps d'extermination et seules les sœurs COHEN ont pu retrouver les leurs. La plupart des enfants rescapés sont partis aux Etats Unis et au Canada car c'est surtout dans ces pays éloignés du nazisme que les Juifs qui le pouvaient s'étaient réfugiés. Certains enfants ont donc pu retrouver dans ces pays un oncle, un cousin, des grands parents. Eva TUSCHNEIDER est partie par la suite à Toronto, au Canada, sa sœur, qui s'appelait Raymonde aux Basses Fontaines, en Israël.

Henriette CHAUTARD, son fils, Henri, et sa belle fille, Marie Cécile, sont restés aux Basses Fontaines jusqu'en 1950, puis sont partis à Voiron, dans l'Isère, où Henri est devenu par la suite directeur du CREPS (centre d'éducation populaire et de sports). Henriette est revenue une fois aux Basses Fontaines, si riche de bons et mauvais moments, avec un de ces petits fils. Elle est décédée en 1979. Mais entre temps, Eva TUSCHNEIDER avait lancé des formalités pour que soit reconnu et honoré le courage d'Henriette CHAUTARD. Le 27 avril 2002, dans les salons de l'Hôtel de Ville de Voiron, elle recevait, à titre posthume, la "Médaille des Justes parmi les Nations" décernée par le Mémorial Yad Vashen. C'est sa belle fille, Marie Cécile, qui la reçut pour elle.

 

Beaucoup d'émotions pour Madeleine GERVAISE en égrenant tous ses souvenirs des bons et tragiques moments vécus aux Basses Fontaines. Elle relit des lettres envoyées, par la suite, par d'anciennes pensionnaires, par Marie Cécile et Henriette CHAUTARD, et très émue, cite une phrase de cette dernière: "Il faut encore sourire quand le plus triste est arrivé, et qu'il ne reste que le pire dans une vie bête à pleurer...."

 

Le chalet dans lequel dormait Madeleine GERVAISE

lorsque un avion a lâché ses bombes près du château

 

Je remercie Madeleine GERVAISE et Jeanne CHEVALLIER qui ont eu la gentillesse de m'accueillir et la patience de me raconter leurs souvenirs, souvenirs émouvants d'une période tragique, souvenirs de faits aujourd'hui lointains, et qui, grâce à elles, ne tomberont pas dans l'oubli.

 

SOURCES

- souvenirs et témoignages de Madeleine GERVAISE

- le livre "Crouy sur Cosson, histoire d'un village de Sologne" d'André PRUDHOMME et Robert ZILLER.

- service des Archives départementale du Loir et Cher


 

Cette étude a été réalisée en avril 2012

par la section "Histoire locale et généalogie"

de l'association ARTS ET LOISIRS - 41220 St LAURENT NOUAN

 

d'après une étude réalisée par

Jean Pierre LAPEYRE