Les cahiers de doléances de St Laurent des Eaux et Nouan/Loire

   Sous l'ancien régime, les cahiers de doléances sont des registres dans lesquels les assemblées chargées d'élire les députés aux États généraux notaient vœux et doléances que leurs représentants devaient faire valoir. Cet usage remonte au XIVe siècle, mais les cahiers de doléances les plus célèbres restent ceux de 1789. Ils sont rédigés suite à la convocation des Etats Généraux par Louis XVI pour le 5 mai 1789, à Versailles.

   Par l'ampleur de la consultation dont ils sont le résultat, ces cahiers constituent un document exceptionnel sur l'état de la France. La France comptait alors 26 à 27 millions d'habitants, presque tous membres du tiers état; quelque 250 000 personnes étaient nobles ; le clergé comptait 120 000 membres.

   Les cahiers montrent tout d'abord que la France n'est pas encore une nation au sens ou on l'entend aujourd'hui. Ses habitants sont avant tout membres de la communauté de tel village, de telle seigneurie ou de telle province, et le roi leur semble souvent lointain. Le royaume n'a pas encore rompu avec certaines idées centrales de la féodalité. Ainsi, parmi les doléances les plus fréquemment exprimées revient l'idée fort ancienne que le roi devrait vivre des revenus de son propre domaine, et ne pas exiger sans cesse des contributions extraordinaires que les pauvres paysans ne peuvent acquitter qu'au prix de grands sacrifices. Les cahiers de doléances invitent ainsi à une réflexion historique et politique sur la réalité d'un pays qui, en quelques mois, va bouleverser l'histoire du monde occidental.

   Et pour nos communes de St Laurent des Eaux et Nouan / Loire, quels sont les vœux et doléances de leurs habitants?

 

NOUAN/LOIRE

   Nouan/Loire fait partie du baillage de Blois.

   Le président de l'assemblée est Pierre MASSONNEAU, notaire royal au comté et baillage de Blois, résidant à Nouan/Loire, syndic de la municipalité.

   La population est de 519 habitants dans 130 feux (habitation).

   Les Députés sont Noël ASSIER et Gentien FOISNEAU.

 

   Cahier des plaintes, doléances et représentations de la Paroisse de Nouan/Loire:

   "La misère des campagnes est parvenue au comble tant par l'intempérie des saisons que par les impositions de toutes espèces dont elles se trouvent surchargées, et c'est en particulier la triste situation de cette paroisse.

   La stérilité du sol, la disette des grains, les malheurs du temps, la cherté du pain, l'augmentation des gages des domestiques ont réduit les habitants de cette paroisse à une telle misère qu'ils peuvent à peine se procurer le nécessaire, et cependant, ils n'en supportent pas moins les mêmes taux de taille et d'impositions. Ces différentes impositions, qui se trouvent monter à la somme de 2391 livres 4 sols 6 deniers au lieu qu'ils ne payaient autrefois que la somme de 1200 livres au plus, sont au-dessus de leurs forces, vu la diminution du revenu de leurs terres.

   C'est dans cette triste situation qu'ils adressent à votre Majesté leurs motifs de plainte.

   Ils demandent que l'impôt territorial soit établi dans une juste proportion, que personne n'en soit exempt, que le haut comme le bas Clergé ainsi que la Noblesse y soient assujettis.

La déclaration solennellement faite par les membres du Clergé et de la Noblesse que leur intention est de contribuer à toutes les charges de l'Etat ainsi que tous ceux qui composent le Tiers Etat, leur donne tout lieu d'espérer qu'il en résultera au profit de sa Majesté une augmentation de revenu considérable; mais si, malgré cette ressource, il est encore nécessaire d'établir quelque nouvel impôt, ils supplient sa Majesté de le faire de concert avec les Députés de sa Nation, par supplément de capitation, dont la durée sera limitée à la tenue des prochains Etats Généraux qui aura lieu tous les cinq ans.

   Ils demandent la suppression des droits d'aides qui gênent les cultivateurs, les habitants, les commerçants et généralement tous vos sujets, en vous observant que plus de la moitié de ces droits passe en pure perte pour l'Etat au profit des fermiers généraux et des employés qui s'enrichissent au dépens des pauvres gens de la campagne.

Ils vous demandent la suppression des tailles et des corvées. Le bienfait que Votre Majesté a cru accorder aux habitants de la campagne en substituant à la corvée en nature une prestation annuelle en argent qui excède le quart de la taille de chaque contribuable, est une charge d'autant plus pesante pour eux qu'ils sont encore obligés de la tirer de leurs poches, au lieu que les journées qu'ils étaient obligés de faire pour la corvée n'occasionnaient que la perte d'une partie de leur temps, qu'ils pouvaient remplacer d'une autre manière moins onéreuse pour eux; et votre sensibilité paternelle sera certainement émue, lorsque vous apprendrez que la corvée en nature coûte à la généralité de votre ville d'Orléans près de 600 000 livres.

   La suppression des gabelles est la chose la plus intéressante pour les gens de la campagne; le sel est la consommation la plus nécessaire et la plus urgente pour eux, et il arrive souvent que, dans la classe la plus pauvre des gens de campagne, ceux-ci sont obligés de s'en passer à cause de sa cherté, depuis que la livre de sel vaut 14 sols et 3 deniers; mais s'il n'est pas possible dans ces moments ci de rendre libre la vente de sel et de supprimer les droits d'entrée sur les vins, il est au moins bien intéressant pour les gens de la campagne qu'ils soient réduits ou modérés.

Ils désirent bien sincèrement que Votre Majesté veuillent accorder à toutes les villes et pays de votre obéissance une administration provinciale qui serait chargée de répartir les impositions dans une juste proportion eu égard au plus ou moins de fertilité de chaque terrain, et qu'elle les fit parvenir directement au Trésor royal, moyen le plus simple, comme le plus vrai, de diminuer les frais de perception et de mettre Sa Majesté à portée de suivre les mouvements de son bon cœur et de son amour pour ses peuples et en particulier pour les gens de la campagne.

Les habitants de cette paroisse vous supplient, Sire, de ne permettre qu'on n'opine aux Etats Généraux que par tête, seule manière de tenir une juste balance pour l'intérêt de vos peuples.

   Fait au banc de l'œuvre de la paroisse de Nouan/Loire le 8 mars 1789".

 

St LAURENT DES EAUX

   St Laurent des Eaux fait parti du baillage de Beaugency.

   L'assemblée électorale se tient le dimanche 1er mars 1789 et Joseph DREUX, René JARGONNET et Louis PERREIN sont élus pour représenter la paroisse.

   La population est 986 habitants dans 192 feux.

   Le cahier de doléances de St Laurent es Eaux, comme ceux des paroisses du baillage de Beaugency, est inclus dans un cahier de doléance commun à tout le baillage.

   Celui ci est rédigé lors de l'assemblée du lundi 9 mars 1789, à 8h.

   Cette assemblée est présidée par Charles BOUTROUX de MONTERESSON, lieutenant général du baillage de Beaugency, assisté de François-Michel SARTRE de CHAFFIN, procureur du Roi au baillage. Une soixantaine de "comparants" la compose. Parmi eux, quelques personnalités et les représentants de chaque paroisse, dont les trois élus pour St Laurent des Eaux.

   Le cahier de doléances du baillage de Beaugency comprend soixante quatorze articles. Les premiers articles concernent l'ensemble des paroisses et des généralités, la plupart demandant une diminution et une répartition plus équitable de l'imposition. Viennent ensuite les articles concernant les paroisses.

    L'article concernant St Laurent des Eaux est le n° 71 et demande:

   "Ceux (des habitants) de la paroisse de St Laurent des Eaux (demandent) le rétablissement d'un ancien pâturage commun, ainsi que l'établissement d'un chirurgien et d'un notaire".